# Économie

Qu’est-ce que la souveraineté alimentaire ?

Publié le 5 juin 2024 à 09h49

Alors que les crises alimentaires se multiplient, un concept fait de plus en plus parler de lui : la souveraineté alimentaire. Cette idée, née il y a plusieurs décennies, pourrait bien transformer la manière dont nous produisons et consommons notre nourriture. Mais de quoi s’agit-il ?

Récemment, le terme de souveraineté alimentaire s’est immiscé dans de nombreuses déclarations officielles. On le sait, un bon repas est au cœur des us et coutumes de notre pays de gourmet… mais ce concept n’a rien à voir. En réalité, la souveraineté alimentaire est un terme apparu dans les années 1980 pour désigner le droit pour chaque État de définir ses propres politiques agricoles pour nourrir sa population, sans dépendre des marchés internationaux ou nuire aux autres pays. À l’époque, cette idée s’est imposée dans notre pays en réponse aux préoccupations des organisations paysannes locales, inquiètes de la réduction du soutien de l'État à l'agriculture et de l'augmentation des importations alimentaires bon marché.

Un concept né des crises

Pour bien comprendre les racines de la souveraineté alimentaire, il faut remonter au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Après des années de privation, la France cherchait à retrouver son autosuffisance alimentaire. Aidée par les progrès techniques et la mécanisation de l'agriculture, la production agricole a rapidement augmenté. La création de la Politique Agricole Commune (PAC) en 1957 a aussi été un facteur déterminant, permettant à un agriculteur de nourrir 60 personnes au début des années 2000, contre 15 dans les années 1950. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, un modèle agricole fondé sur une production intensive et le libre-échange mondial s'est imposé. Ce système agro-industriel repose sur des échanges à longue distance, créant une déconnexion entre producteurs et consommateurs. Un modèle souvent critiqué pour ses impacts environnementaux et sociaux. 

Mais alors, pourquoi cette idée revient aujourd’hui sur le devant de la scène ? Il y a quatre ans, la pandémie de Covid-19 a mis en lumière la fragilité des chaînes d'approvisionnement. Celle-ci a révélé les risques liés à la dépendance aux échanges et transports entre pays pour des biens essentiels comme la nourriture et les médicaments. La réémergence de la souveraineté alimentaire tente de répondre à un sentiment de perte de contrôle sur la production et la consommation. Ce concept, bien que parfois flou, repolitise la question alimentaire et soulève des discussions essentielles sur la résilience des systèmes, notamment alimentaires, face aux crises globales.

Limiter les imports et rassurer les filières agricoles locales

La souveraineté alimentaire continue de gagner en popularité et influence les discours politiques et les stratégies agricoles. Elle représente une réponse aux limites du modèle agro-industriel globalisé, proposant une reconfiguration des politiques agricoles pour privilégier la production locale et soutenir les petits producteurs tout en assurant une alimentation diversifiée et équilibrée aux populations.

Évidemment, l’entreprise n'est pas sans défi. En France, productrice de céréales, sucre, et certains produits laitiers, on dépend malgré tout des importations de produits comme les fruits tropicaux, le café et certains poissons. Selon une étude récente de FranceAgriMer, devenir totalement autosuffisant impliquerait donc de renoncer à des produits essentiels comme le jus d'orange, le thé, le cacao et certains poissons, limitant ainsi la diversité alimentaire et posant des défis nutritionnels. Il ne faut donc pas confondre souveraineté alimentaire et  autosuffisance. Elle inclut des aspects essentiels comme les méthodes de production et les personnes qui produisent la nourriture.

Vous l’aurez compris : si la souveraineté alimentaire n’est pas un concept novateur, il n’en est pas moins complexe et ambitieux. En renforçant les capacités locales de production alimentaire, en protégeant les petits agriculteurs et en réduisant la dépendance aux marchés internationaux, elle pourrait bien constituer une solution viable face aux défis actuels. Sans pour autant se replier sur nos frontières ! 

Autrice : Carla P

Crédit Photo : xavierarnau/iStock

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