# Elections2022

La bonne question à… Guénaëlle Gault, Directrice générale de l’ObSoCo

Publié le 7 avril 2022 à 22h00

Portrait de Guénaëlle Gault
Portrait de Guénaëlle Gault

Le marché de seconde main menace-t-il le mythe de la croissance infinie tirée par la consommation de masse ?

Que nous dit le développement du marché de seconde main ?

Assiste-t-on à un changement dans nos représentations et aspirations ?

G.G. :

Le marché de la seconde main est emblématique d’un changement de paradigme, oui. Au sens où un paradigme est l’ensemble des fondamentaux sur lesquels s’organise notre société. Au cours de la seconde moitié du 20e siècle, la consommation et l’accumulation de biens étaient parties intégrantes des valeurs et aspirations de la modernité. Nous sortions d’une logique de pénurie, la consommation constituait en quelque sorte une condition d’accès au bonheur, et le neuf était paré de toutes les vertus.

Historiquement et sociologiquement, comment explique-t-on ces changements ?

Quel impact cela a-t-il sur notre vision de la croissance, au sens qu’on lui a donné historiquement (progrès, production, enrichissement…) ?

G.G. :

Aujourd’hui, alors que la majeure partie de la population est équipée en biens et services et a atteint un certain niveau de confort, la « spirale » production de masse / consommation de masse (qui a permis à une vaste classe moyenne d’émerger) continue de tourner, mais n’apporte plus autant de sens qu’auparavant. Elle n’est plus aussi vertueuse. Continuer à produire et consommer toujours plus ne semble plus générer de supplément significatif de bien-être, individuel comme collectif. Au contraire, les effets délétères de l’hyperconsommation sur l’environnement, la cohésion sociale, voire l’intégrité physique des personnes, apparaissent désormais patents.

Comment cela se traduit-il au sein des ménages français ?

G.G. :

On assiste à une véritable révolution culturelle chez les Français, désormais largement convaincus que notre modèle de développement n’est plus soutenable. Dans les recherches que nous menons à L’ObSoCo, nous le voyons bien : une très large majorité d’entre eux souhaite donner la priorité à la promotion de modes de vie moins portés sur la consommation. Ils sont tout aussi nombreux à acquiescer à l’idée qu’il est important de pouvoir s’affranchir de la dépendance à l’égard de l’économie en produisant soi-même, en échangeant entre particuliers et/ou en organisant des filières avec des petits producteurs !

Acheter de seconde main ferait donc partie d’un nouveau mode de vie ?

G.G. :

Dans ce contexte, la seconde main apparaît évidemment comme le moyen de mettre ses comportements en accord avec ses aspirations. Et là où le marché de la seconde main est intéressant, c’est qu’il va aussi réunir tout le monde. On y retrouve certes ceux qui privilégient les objets d’occasion afin de consommer plus responsable, mais certains sont quant à eux carrément adeptes de l’économie circulaire et cela fait partie intégrante de leur mode de vie. Et la seconde main permet aussi à ceux qui ont une forte contrainte budgétaire de consommer tout court. Enfin, pour ceux qui restent attachés aux valeurs consuméristes… de pouvoir acheter plus ! Finalement, c’est un marché qui participe vraiment à la transition écologique, au sens où les changements de paradigme ne se font pas du jour au lendemain, mais de façon graduée.

Autrice : Emilie F

Partager