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Comment construire sa maison résiliente

Publié le 18 juillet 2022 à 22h00

Didier Flipo
Didier Flipo

Ne plus dépendre des réseaux d’eau ou d’électricité et vivre en autosuffisance semble être un projet insurmontable. Pour Didier Flipo, auteur de « La Maison Résiliente » et vloggeur en chef de « Mon Potager Plaisir », tout est possible avec les bons outils et un peu de temps. Rencontre.

Didier Flipo est un personnage surprenant. Il y a une dizaine d’années, il a quitté le monde du jeu vidéo pour retourner sur ses terres natales : le Cantal. Sur place, il se forme au métier de maraîcher, soucieux de vivre le plus possible sans dépendre des infrastructures extérieures et d’avoir un potager pouvant ravitailler sa petite famille. Avec sa bonne humeur et ses bons conseils, il cumule sur sa chaîne YouTube Mon Potager Plaisir quelques 6 millions de vues et 63 000 abonnés. L’avenir a du bon est allé à sa rencontre au salon « Vivre Autonome » pour en savoir plus sur ce mode de vie révolutionnaire.

Comment avez-vous commencé l’aventure Mon Potager Plaisir ?

Didier Flipo :

Nous sommes revenus dans le Cantal dans une optique de vivre, à terme, avec un maximum d'autonomie et de résilience. Cela passait en premier lieu par l'autonomie alimentaire. « Qui peut le plus, peut le moins », comme on dit. Je me suis donc formé pour devenir maraîcher bio, un métier super sympa, très technique ! Sur le circuit des marchés, beaucoup de gens voulaient des conseils pour leurs jardins potagers. Cet enthousiasme m’a donné envie de créer ma chaîne YouTube. Pour encourager cette autonomie, pas question d’être définitif : je voulais amener les gens à se poser les bonnes questions pour qu’ils trouvent leurs bonnes solutions.

Comment vous est venu l'idée de passer à la maison autonome ? 

Didier Flipo :

L'alimentaire, c’est la première étape. Sur la maison, on voulait qu’elle soit la moins dépendante possible du réseau EDF, du réseau d'eau. Actuellement, nous sommes dans un habitat résilient : on utilise ces réseaux mais nous mettons en place des équipements, des panneaux solaires ou des réserves d’eau, qui nous permettront ne pas souffrir le jour où il y aura des problèmes. 

L’autonomie revient à aller plus loin en se coupant totalement de ces fournisseurs et implique que le matériel vieillit plus rapidement. Puisque l’électricité est encore facilement disponible, il est, de notre point de vue, plus sage d'allumer le four classique et d'avoir le four solaire prêt, au cas où.  D'autre part, ce mode de vie prend beaucoup de temps au quotidien. Par exemple, pour laver son linge, il faut commencer par fabriquer sa lessive, puis activer la machine en pédalant… une heure. Temps durant lequel on ne peut pas faire autre chose. Ça ne demande pas d’être un athlète mais c’est un engagement - qui vaut le coup !

Que faut-il savoir avant de se lancer ?

Didier Flipo :

Ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Il est important de bien prendre le temps d'évaluer ses besoins en électricité et en eau. L’idée est de déterminer comment répondre à des besoins primaires (manger, boire, avoir chaud) et consommer moins sans sacrifier son confort.

Quelles sont les bonnes étapes pour commencer dans la pratique ?

Didier Flipo :

Il faut commencer par la solution la plus simple possible. Si on prend l'image de l'eau courante, ne pas commencer à mettre en place, par exemple, une réserve de pluie trop sophistiquée. Il faut partir du système le plus basique possible comme une fontaine filtrante qui permet de rendre n’importe quelle eau potable. Au fil des années, ce système basique va évoluer en fonction des besoins et de l’autonomie grandissante.

Combien de temps faut-il pour arriver à un système stable et confortable ?

Didier Flipo :

En étant vraiment très motivé et avec de l'argent et du temps, il faut au moins compter un an ou deux, si on a déjà la maison. Ce n'est pas forcément une bonne idée de se précipiter. Nous recommandons de prendre entre deux et cinq ans pour prendre le temps de bien réfléchir, de bien faire les choses. On travaille sur ce projet depuis près de dix ans et nous n’avons pas terminé !

Quels sont les outils que vous avez créés ?

Didier Flipo :

Tout d’abord on a fabriqué un moulin à farine. Avec une manivelle, il faut près d’une heure pour faire un kilo de farine. Pour aller plus vite, on l'a tout simplement posé sur un vélo d'appartement qu’on a récupéré en seconde main. En cinq minutes le tour est joué. Il y a aussi un cuiseur solaire qui peut remplacer une cuisinière. On a utilisé une lentille de Fresnel, qu'on trouve dans les vieilles télés. Une fois bien réglée grâce à une corde, elle concentre les rayons solaires sur la zone de cuisson : en cinq minutes, la poêle est chaude et on peut fait cuire un œuf aussi vite que on le ferait sur une gazinière. Avec ce système, il est possible d’atteindre les 1 500 C°, on pourrait presque faire fondre du métal. Pour vous dire que c'est super puissant ça. L’autonomie, c’est aussi beaucoup de bricolage et d’innovation !

Autrice : Carla P

Crédit Photo : Didier Flipo

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